Les forces de résistance au changement

Dans la perspective de la mise en place de nouveaux dispositifs et donc de la mise en œuvre du changement, on ne saurait, dans un tel document, tenir sous silence l’inertie considérable développée par l’institution et certaines de ses personnes, phénomène que les spécialistes appellent aussi “résistance idéologique”. Cette inertie pouvant prendre parfois des formes très dynamiques de déstabilisation.


« Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l'immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire. » (Confucius)

Les analyses qui suivent, sans toutefois vraiment en exonérer les enseignants, concernent surtout les membres de la vie scolaire et leurs responsables. Sans doute partisanes, elles en appellent au cheminement des individus, à des renouveaux salutaires, au sein d’un système largement paralysé — Luc Cédelle en fait un éclairant exposé (août 2008) et les raisons profondes, non évoquées ici, en sont remarquablement disséquées par un chercheur comme Denis Meuret (mars 2007). Or à défaut de pouvoir changer ce système, la vie scolaire, par ailleurs précisément disputée quant à la valeur de ses missions, semble bien se trouver le seul secteur le plus à même d’opérer sa régénération et de se retrousser les manches pour s’emparer des outils de l’accompagnement des élèves. Et ainsi apporter un renouveau à la vie de l’élève au sein de l’établissement.

CARACTÈRES

• Attendre - Un étonnant fixisme qui se traduit d’abord par une propension à “attendre”. L’absence de toute initiative. Tout le monde “attend”, on ne sait guère quoi, ni de qui (si, de préférence de la direction). Pour de bonnes raisons : attendre les résultats est souvent un argument avancé ; mais laisser des élèves livrés à eux-mêmes pendant deux mois au début de l’année sans aide leur donne largement le temps de s’enfoncer dans la résignation (cf. Fenouillet et Lieury) — et l’affaire est d’autant plus critique pour les jeunes en retard scolaire, ce qui ne manque pas dans nos internats. Ou de moins bonnes : le système est effectivement verrouillé ; on a toujours fait comme cela, c’est “la” vérité absolue, unique et intangible ; on n’imagine pas une seule seconde qu’il puisse en être autrement. Ces personnes sont simplement nourries de fonctionnalisme, ou de perspectives bâties sur la nostalgie d’heures passées, ou de leur propre passé — certaines paraissent peut-être entretenir une inquiétante confusion à propos de la notion de “cadre” (cf. Lévine, 2003 & J. Nimier, 2009), qui, typique dérive du localisme (A. Picquenot, 2009), semble leur être alors davantage utile, plutôt qu’aux élèves. Ce sont d’ailleurs des gens qui, généralement, dédaignent toute perspective de formation ou de journée pédagogique. S’ils y sont contraints, on constate qu’en général, ils se tiennent à distance, n’interviennent que peu — voire y dorment. Ou comme entendu, froidement : « Je n’ai rien à y apprendre ; et si j’y allais, je serais très méchant. » (sic). La méchanceté érigée en mode de management. On appréciera. Et mieux dans un tel propos : Fast et Chen (2009) ont montré qu’au sein des organisations, l’agressivité d’un responsable était fortement corrélée à son incompétence…

• Figer - Une vision très réductrice de l’élève au travail. Ou : l’élève “figé” à son travail, d’ailleurs. C’est récurrent dans le vocabulaire de certains : “figer”, “verrouiller”… Que l’élève doive bénéficier de temps longs de confrontation solitaire aux savoirs est une chose. Incontournable. Mais, comme vu au chapitre concernant les éducateurs, que l’on ne se pose pas la question de savoir pourquoi certains élèves ne travaillent pas, ou ont du mal à travailler, et, éventuellement, de savoir quelles sont les solutions pour résoudre une telle difficulté, en est une autre. Ces personnes ignorent donc que c’est la possibilité à certains d’évoluer qu’ils figent, qu’ils verrouillent (adultes comme élèves d’ailleurs). Figer : voilà bien un terme à bannir du champ pédagogique.

• Tourmenter - Quand parfois ce caporalisme qui s’érige en méthode pédagogique ne frise pas la maltraitance : il en est ainsi des ces remarques perfides distillées aux élèves, on ne peut plus démotivantes, du jeu de l’humiliation (Pierre Merle, 2005), ou encore de ces “grands-messes” où l’on assène de manière collective reproches et propos négatifs voire catastrophiques, sur leur avenir ou sur la société. De tels systèmes “fermés”, basés sur le pouvoir, conduisent au stress (cf. chapitre précédent) et à la fermeture d’esprit : peut-être ces élèves-là obtiendront-ils leur Bac, mais on aura fabriqué de sombres crétins, selon le mot de Brighelli.

La rigidité pédagogique sanctionnée

L’incapacité à « faire évoluer ses pratiques pédagogiques et à les adapter aux besoins de ses élèves,… des méthodes pédagogiques ne laissant aucune place à l’initiative des élèves » sont un motif valable de suspension et de sanction d’un enseignant a estimé la Cour d’appel administrative.

(source : Café Pédagogique, janvier 2007)

• Le préjugé naturaliste - Des gens qui bien sûr ne lisent pas les livres, ne sont pas abonnés à une revue pédagogique, utilisent encore moins l’internet (Chebbi, 2004), ignorent ce qu’est Le Café pédagogique. Ils font fi des avancées et du monde, et de la recherche, et des questions que se sont posées de multiples praticiens. Ils ont la raison pour eux : c’est comme ça et pas autrement, la vérité infuse. Habités donc d’un “préjugé naturaliste”, comme l’explique Daniel Andler : enseigner ou éduquer sont des activités “naturelles”, « parce qu’on est doué, qu’on a du charisme — tout cela est de l’ordre du “je ne sais quoi” — on va mettre la personne devant une classe, un groupe, et “tout naturellement”, avec l’expérience, elle va produire son effet » (2007). Ce préjugé naturaliste est en ce moment renforcé, précise Andler, par le mouvement réactionnaire : « Regardez la catastrophe où nous sommes tombés, revenons donc aux bonnes méthodes d’autrefois ! ». Les “ayatollahs” ou “zorros”  de l’éducatif (J.M. Le Pogam, 2006), hélas tombés sous la coupe du « virus conservateur qui guette tout esprit adulte plongé dans un bain scolaire » (Laurent Carle, 2007). Or, comme l’indique Didier Pleux (2004) : « il ne s’agit pas de revenir aux méthodes répressives d’antan, à une éducation sans stimulation ni communication, où l’enfant devait simplement se taire, obéir et se couler docilement dans le monde des adultes… Et à ce que la psychologue Alice Miller a appelé la “pédagogie noire” du début du XXe siècle. » Nous sommes bien là confrontés à un inquiétant aveuglement à propos des évolutions de nos jeunes et de nos sociétés.

CAUSALITÉS - RACINES

On s’aperçoit que les forces de résistance relèvent de deux origines. D’abord d’un fort ancrage de ce que les Québecois appellent les “croyances personnelles” (et dans l’optique de la réussite de leur réforme scolaire, un important accompagnement des adultes au changement a été mis en place). Au premier chef de ces croyances se tient la conviction que les élèves en difficulté abandonnés à eux-mêmes finiront par “céder” et vont se réformer tout seuls, à force de contrainte, dans un sursaut de “volonté personnelle”, de “redressement intime”, ceci en fonction des représentations qui habitent ces personnes elles-mêmes (souvent, au demeurant, une vision très doloriste, sacrificielle, du travail intellectuel). Au nom de ces paradigmes qui s’appuient sur la seule “volonté” présumée du jeune, des élèves se voient même paradoxalement refuser de l’aide, parce qu’ils “ne le méritent pas” ! Ou encore sous conditions : « Certains parmi vous ont demandé une aide, même individuelle, ils feraient bien d’abord de regarder leurs méthodes de travail » (un cadre éducatif, 2007). C’est le fameux “je ne ferai rien tant que vous ne faites rien”. Singuliers raisonnements de la part d’adultes, qui ne voudraient peut-être voir que de “bons élèves” en face d’eux (comme entendu : « on accepte n’importe qui, ici, maintenant… »), ou qui semblent totalement ignorer aussi en quoi peut consister “l’aide”. Leur quête, avec plus ou moins d’empathie, ou leur exhortation des élèves à “faire des efforts” est certes attachante, mais ne conduit immanquablement qu’à laisser un certain nombre au bord du chemin — qui le verbalisent d’ailleurs après coup, estimant ne pas avoir été vraiment aidés, et finalement avoir été “condamnés”. Et si justement “faire des efforts” n’était pas précisément le point sur lequel il faudrait travailler avec les élèves ?

De même dans cette entreprise de “redressement moral”, l’étude dirigée a pu être envisagée comme un puissant outil coercitif, alors que, de fait, il faudrait bien « passer de l’ancienne “étude dirigée” assimilée par l’élève à une forme de punition aux “accompagnements éducatifs” qui devront être perçus comme des solutions à ses difficultés. » (Truong, 2007). Selon Bruno Devauchelle, de telles situations doivent « nous alerter sur l'état du système scolaire et de ses acteurs. Ne fonctionnerait-il que selon le bon vieux modèle comportementaliste de la carotte et du bâton ? » (2007). En effet, de telles approches sont aujourd’hui obsolètes, concernant les enfants du XXIe siècle (voir Jean-Paul Gaillard, 2012), et plus particulièrement ceux d’entre eux en difficulté — la pratique quotidienne le montre. Elles tendent à rendre l’institution inadaptée à sa mission : c’est bien alors sa crédibilité qui est en jeu aux yeux de son public. 

Le poids des croyances peut amener le personnel de l’établissement à élaborer ses propres facteurs de dégradation ; ou comment émerge un  “mensonge institutionnel”. Ainsi, dans un collège-lycée, lors des réunions de présentation de rentrée aux familles, puis lors des rencontres trimestrielles de parents, sans doute pour répondre à la demande pressante de ces derniers, il est leur est répété qu’on s’occupe particulièrement de leur fils ou de leur fille, que leur enfant est aidé, et même que des enseignants restent le soir pour soutenir les élèves pendant les études. Or en fait ces approches n’existent pas dans l’établissement en question, ou de manière tout à fait sporadique et ponctuelle. Dans le souci de pas décevoir, l’affaire prend alors allure de généralité dans l’esprit des intervenants, et l’on en vient à mentir aux familles — et ce d’une manière à ce point officielle qu’un enseignant a confié avoir même refusé le poste de professeur principal, sous le scrupule de ne pas rentrer dans cette dialectique. Quelles leçons tirer d’une telle situation ? En premier lieu, il semble bien que ni le pôle enseignant ni le pôle éducatif (vie scolaire) ne mesurent vraiment ce que représente la mise en place d’un dispositif moderne d’accompagnement efficace et structuré. Le back-office des élèves reste pour eux une zone opaque résumée en leur esprit en ce simple poncif du “ils n’ont qu’à travailler”. En second lieu, ces personnes s’appuient par devers elles sur cette idée que le temps va jouer pour elles : le “cadre” fera bien rentrer les élèves en difficulté ou récalcitrants dans le rang. Or si cela peut effectivement agir pour certains, on l’a vu, c’est néanmoins profondément méconnaître les mutations sociétales et adolescentes en cours depuis une quinzaine d’années (se reporter sur ce site à l’“effet de cadre” vu par Jacques Lévine). Enfin en troisième lieu, ces gens semblent alors se cautionner des seuls résultats aux examens — dont il faut bien aussi mesurer la relativité —, gommant tout l’aspect de formation humaine, figurant pourtant en bon exergue dans les chartes publicitaires de nos établissements. Au final, c’est encore la crédibilité de l’institution qui est là mise à mal, cette fois aux yeux des familles.

La seconde origine de la résistance à l’évolution se tient dans une absence devision” donc de propositions (lesquelles en appellent évidemment au collectif), d’où l’impossibilité de toute nouveauté, situation qui confine hélas à la pauvreté intellectuelle et au déficit d’activisme — ce qui, à certains égards, est bien paradoxal dans une entreprise destinée à la promotion de jeunes gens (cf. La Charte de l’Oratoire, 2000). On observe que ces personnes, malgré elles “réactionnaires”, ont beaucoup de mal à se laisser gagner par l’intelligence des situations, laquelle ouvre à celle des êtres et tentent souvent dans un réflexe simpliste de structurer le réel autour d’“évidences” binaires (Theweleit, 1987 et Littell, 2008), et du coup ne sont-ce pas leurs propres angoisses intimes qu’elles voudraient inculquer aux jeunes (le public captif d’un internat devenant en particulier un terrain de prédilection) ? Ainsi ce cri du cœur d’un CPE à qui un parent d’élève tentait finement de faire comprendre l’aspect décalé de son attitude : « Si maintenant il faut suivre les évolutions de la société ! »… Or face au problème éducatif aujourd’hui posé, on ne peut plus se contenter des intuitions, émotions ou convictions ; selon Joutard et Thélot (1999) « ceux qui ont peur de la nouveauté ont une identité incertaine et une culture fragile » : plongés dans le milieu scolaire, la formation ne leur permettrait-elle alors pas de corriger une flagrante méconnaissance de la société et des représentations de l’élève et de son travail en décalage avec la typologie des adolescents et adolescentes dont ils ont la charge — ce qui est, on l’a vu, à la source d’une indéniable violence institutionnelle ?

Du narcissisme

« Notre système scolaire est envahi de comportements centrés sur soi, narcissiques. Alors que nous parlons de comportements professionnels, tournés vers l’action, qui débouchent sur des propositions opératoires ; ouverts et sensibles aux évolutions de la demande, non figés dans la répétition, tendant à s’adapter à l’évolution des situations ; faisant enfin référence au fonctionnement général, aux orientations globales de l’Établissement (le bien commun, l’éthique globale). Manager, c’est s’occuper du travail des autres en vue d’une double réussite : rendre l’activité efficace, productrice ; dynamiser ses collaborateurs, se préoccuper des autres qu’ils réussissent dans leur travail. »

(Jean Brun, UNAPEC, mai 1990)

Le malheur est que ces deux premiers facteurs nourrissent une étonnante entropie systémique : on a ainsi pu par exemple, observer le cas assez singulier d’un cadre éducatif s’évertuant à contrarier des dispositifs collaboratifs, qui semblaient mettre à mal un frêle pouvoir bâti sur le négativisme chronique de ses interventions et surtout ont paru réveiller des paradoxes qu’il vivait comme des situations insupportables. Le « syndrome finlandais », selon l’expression de Michel Saroul, devrait cependant faire réfléchir le personnel d’encadrement de nos établissements. Un autre regard porté sur les jeunes a en effet été adopté là par une nation entière, et cela marche… Il est temps, grand temps pour nous, de sortir du fixisme. Les choses ont peut-être plus ou moins bien marché ainsi jusque là, avec les “bonnes vieilles méthodes”. Mais aujourd’hui, après les élèves eux-mêmes, les parents, en particulier, sont en effet en attente d’une autre efficacité.

Prenons ainsi ce cas d’espèce : une personne responsable sanctionne d’une colle à la fin de chacun des trois trimestres les deux mêmes élèves, pour motif de résultats insuffisants ; or n’aurait-elle pas dû, à la seconde édition, se poser quelques questions sur elle-même ou sur son équipe d’encadrement ? En effet, elle n’a fait qu’entériner à deux reprises une situation d’échec. En premier lieu, on observe là une confusion entre la faute de comportement (transgresser volontairement une règle qu’on connaît parfaitement) et l’erreur dans la connaissance (apprendre difficilement ou ne pas encore maîtriser un concept). Or « l’erreur n’est pas la faute et la faute n’est pas l’erreur » (Jean-Pierre Obin, 2007). Et seule la faute doit être sanctionnée. Ensuite, la responsabilité n’en était-elle là qu’aux seuls enfants ? Brigitte Prot le martèle en octobre 2008 : « Le fait de répéter à longueur d’année d’un élève qu’il ne travaille pas, qu’il n’apprend pas ses leçons, sur les bulletins ou aux conseils de classe est une imposture pédagogique ». Où se tient en effet l’efficacité professionnelle des équipes enseignantes ou/et éducatives en pareille situation ? À un chapitre voisin, bien souvent, où sont les stratégies à mettre en place très en amont par les équipes d’enseignants en lien avec les éducateurs — et qui les pilote ? —, dans une politique d’évitement du redoublement, lequel est rarement vraiment profitable ?

Risque et initiative

« Le système est bloqué par des gens de nos âges. Il n’y a pas de prise de risque, d’initiative, dans l’enseignement en France. »

(Sylvie Gallot, UNDP, 2008)

Un autre nœud de cette analyse est la place de l’élève dans la relation pédagogique qui s’établit avec le professeur. Elle est au cœur de la problématique : c’est en effet « la relation aux élèves, bien avant les relations aux collègues et à l’institution, qui atteste aux yeux du professeur lui-même sa valeur professionnelle. » (Jean-Pierre Obin, 2002). Deux points :

1. C’est une relation quasi exclusive (faite d’enthousiasme quand les élèves corres-pondent à l’idéal disciplinaire du professeur, ou de découragement) et en isolement professionnel (par le cloisonnement disciplinaire) ; et là, que dire donc des représentations du “travail après la classe”, souvent trop polluées par des attentes “utopiques” : le professeur veut que l’élève travaille, apprenne, le rejoigne dans ce qu’il attend de lui ; très bien, mais quid des ados d’aujourd’hui, quid des méthodes de travail ? Pour preuve : les quelques enseignants qui se sont le soir occupés d’accompagnement ont bien souvent procédé à une remise en cause salutaire de leur approche pédagogique en cours !

2. L’enseignement-apprentissage est d’abord une question d’affectivité, d’émotions. Or comme le soulignent Gilles Pesse (1997, 2004) et Mario Asselin (2007), les gens ont peur de mettre la question de l’émotion à l’avant-scène, ce pour des questions personnelles et/ou pour des questions de tradition, d’héritage — la pensée de Durkheim ou certains aspects de la morale. Or « Il y a une relation étroite entre l’intelligence et l’affectivité […] la capacité d’émotion est indispensable à la mise en œuvre de comportements rationnels » (Edgar Morin, 2000). En accompagnement, « la relation de l’accompagnateur avec les jeunes est plus importante que l’apport scolaire » (Jean Désigaux, 1992).

La place de l’élève

« La nécessité d’une aide aux élèves contient, dans sa légitimité même, l’exigence d’un mode de travail scolaire rénové où l’élève (et son fonctionnement) tient autant de place que la matière (et ses contenus de savoir). »

(Jean-François Batisse, 1996)

Nous avons vu plus haut concernant les éducateurs qu’une complémentarité était à trouver avec les enseignants. À propos de cela, Dominique Borne et François Perret ont pu écrire que le modèle qui « associe un professeur, un enseignement, une classe, une heure, plonge ses racines dans un passé très ancien [et] n’a pas été sérieusement remis en cause malgré les critiques dont elle a pu faire l’objet, notamment dans les années 1980-1990, certains allant jusqu’à lui reprocher d’être le principal obstacle aux évolutions nécessaires de l’école. » (Rapport 2001). La place de l’élève n’est-elle en effet que devant les disciplines ? Comme le rappelle Bernard Schneuwly (2007), l’acte éducatif doit s’asseoir sur ses deux pieds : la perspective historico-culturelle (on apprend des savoirs, et l’école est là pour en construire les instruments) et à la fois la perpective socio-scontructiviste (on n’apprend pas tout seul, on apprend dans un rapport au groupe et au monde) .

Jean-Michel Le Bail revient sur ce point récemment (2008) : « La situation pédagogique est encore trop analysée en termes d’enseignement plutôt qu’en termes d’apprentissage. L’enseignant se pose encore insuffisamment la question se savoir ce que les élèves ont compris et retenu du cours et finalement, lorsqu’il devient accompagnateur, il le découvre avec surprise (cette expérience peut se faire dans l’établissement à l’occasion d’études dirigées, une expérience parfois déstabilisante, mais aussi stimulante et riche). » Une des clés de cette articulation — qui paraît difficile dans certains établissements — entre les disciplines et la construction des apprentissages lors des temps d’étude du soir se trouve là.

Enfin, par ailleurs et plus généralement, d’aucuns doivent admettre que, peut-être et pour une part, la connaissance et les savoirs n’appartiennent à personne, et peuvent être éventuellement acquis par d’autres moyens (cf. le suivi d’enfants déscolarisés : Annecy, 1997-2000 ; Brive, 2002-2003). Nietzsche l’affirmait déjà en 1880 : « Les professeurs au siècle des livres. Du fait que l’instruction que l’on se donne seul ou en association fraternelle se généralise, on doit presque pouvoir se passer du professeur sous sa forme d’aujourd’hui habituelle. Des amis férus de savoir, qui veulent s’assimiler ensemble une connaissance, trouvent à notre siècle de livres un chemin plus court et plus naturel que ne le sont “école” et “professeur”. ». Et que dirait-il aujourd’hui à notre siècle de l’internet et d’un site comme Sésamath, pour ne citer que lui ! 

Tout se passe comme si l’on assistait à un étonnant refus de l’institution, un blocage, face aux méthodes qui marchent. Il semble que ses dirigeants ne veulent surtout pas “mûrir” les élèves, les responsabiliser, faire en sorte qu’ils se prennent peu à peu eux-mêmes en charge : ils veulent les contraindre, les “diriger”, les « prendre en laisse » (Michel Mayer, 2007). Par tradition, ils ne veulent absolument pas leur faire confiance. Or, suivant en cela Hannah Arendt, il paraît important, en ces périodes de profonds changements et du doute inhérent, d’entreprendre un effort pour voir les choses telles qu’elles sont et sonder comment et pourquoi les gens ne voient pas ou refusent de voir, puis nourrir notre pensée des événements que nous vivons pour l’orienter. Une absence de réflexion collective face à de nouveaux phénomènes sociétaux ne saurait en effet être que mortifère pour les institutions éducatives.

De nos souvenirs et de nos croyances

Il faut toujours veiller, c’est le rôle des historiens, à ce que le passé ne soit pas caricaturé et souvent trahi par l’idée reçue d’un supposé âge d’or. Car le problème avec les souvenirs concernant l’école c’est qu’ils s’alimentent à trois sources, bien identifiées par Pierre Caspard s’agissant de l’histoire des lycées lors d’un colloque à la Sorbonne en 2002 :

- « d’abord les souvenirs que chacun conserve de ses années d’études, souvenirs singuliers, parfois déformés, non généralisables, mais particulièrement prégnants ;

- ensuite, les grands stéréotypes qui franchissent les siècles : lycées-casernes, lycées-prisons, lycées-papillon… ;

- enfin, et surtout, une histoire subliminale que distille quotidiennement nombre de propos tenus sur le lycée actuel et son avenir, et qui, sur le mode du « désormais » ou du « dorénavant », réduisent globalement le lycée d’hier au rôle de repoussoir ou de boulet pour les réformes jugées nécessaires. »

Enfin, beaucoup de lycéens du passé étaient aussi des travailleurs infatigables dont l’investissement en travail a toujours eu quelque rapport avec la réussite des études. Par ailleurs, il ne faut pas s’imaginer un « ancien et statique public mythique » qui n’ont en fait jamais totalement et exclusivement existé. Jusque dans les années 1960-1970, l’enseignement secondaire est resté en effet un enseignement d’élite et la véritable démocratisation date de quelques dizaines d’années seulement, à partir du moment où l’école a été effectivement ouverte au plus grand nombre.

Déjà, en 1972, dans un rapport au ministre de l’éducation nationale sur la fonction enseignante dans le second degré, Louis Joxe écrivait ceci : « Les enseignants d’aujourd’hui vivent avec leurs élèves une situation trop difficile et trop décevante ; les élèves actuels diffèrent de ceux pour lesquels le système ancien avait été conçu ; la société remet en question l’école et sa culture de façon trop radicale pour que le rapport pédagogique traditionnel puisse encore être accepté naturellement et vécu comme un accomplissement. A tout prendre, l’étonnant n’est pas que nous connaissions aujourd’hui une crise de l’acte pédagogique, mais bien qu’elle ne soit pas encore plus vive, et que les enseignants réagissent aussi bien. »

(Jean-Paul Delahaye, 2006)

PERSPECTIVES

C’est à une autre façon d’aborder le travail qu’il faut nous ouvrir : le modèle actuel focalise sur l’approche de l’enseignant, et non sur celle de l’élève. L’élève, dans son individualité, « dans sa réalité quotidienne, dans son emploi du temps personnel, est introuvable. » (Borne et Perret, 2001) : il convient bien de se dégager du paradigme d’un regard enseignant univoque. C’est un chantier essentiel, ne nous y trompons pas, car il faudra bien un jour sortir de cette situation qui conduit encore trop souvent les élèves, comme les adultes d’ailleurs, « à vivre à côté des autres plus qu’avec les autres » (Jean-François Vincent, OCCE, 2006). Denis Favre (2007) explique que la capacité d’écoute active vers une réelle pratique d’accompagnement suppose « de renoncer à la volonté de tout contrôler, et d’évaluer ce que ce renoncement signifie pour nous-même ».

Quant à l’efficacité, elle repose, comme l’explique Philippe Meirieu sur « deux principes fondamentaux intimement chevillés l’un à l’autre, qui sont apparemment contradictoires, que l’on a bien souvent tendance à confondre » :

• Tous les élèves peuvent apprendre - Cela veut dire qu’il ne faut désespérer de personne. Mais cela oblige à considérer deux questions : dans l’histoire de l’élève, il y a peut-être quelque chose qui l’empêche d’apprendre, ici et maintenant ; et dans notre histoire à nous, éducateurs, il y a peut-être un moyen que l’on a pas trouvé pour l’aider : a-t-on tout tenté ?

• On ne peut pas obliger un élève à apprendre - Là aussi, deux réflexions : la tâche des éducateurs est précisément de susciter le désir d’apprendre, donc travailler sur la motivation (laquelle obéit à certaines lois…) ; ensuite, il est de notre nécessité absolue de rechercher sans cesse des situations nouvelles qui permettent à l’élève de se mobiliser sachant qu’une solution trouvée pour l’un ne sera pas nécessairement la bonne pour l’autre.

À l’encontre de situations figées dans le temps et d’élèves laissés livrés à eux-mêmes — pour le meilleur ou pour le pire —, il s’agit donc d’implanter un système dynamique, propre à répondre aux besoins identifiés de ces élèves — et, en terme d’efficacité, il va bien falloir s’intéresser à eux et s’adapter à eux —, ce qui aura la vertu de les impliquer ! Or la pierre d’achoppement pour les paradigmes de certains est dans cet autre raccourci : un élève debout est un élève qui ne travaille pas — il n’est que de relever leur peur panique lorsque des élèves se  mettent à se déplacer lors de temps d’étude. De fait, introduire du mouvement et donc par là inévitablement du bruit est-il un facteur de baisse des résultats ? L’expérience montre que non. Dans la mesure où l’on assume cette question : « Comment gère-t-on les dérives de l’autonomie ? » (Michel Saroul, 2007 — voir à ce chapitre sur ce site). C’est bien d’une part dans la gestion des éducateurs (travail de retour sur les pratiques) et d’autre part dans l’apprentissage du “vivre ensemble” des élèves que se trouve la clé d’un dispositif d’études moderne, c’est-à-dire responsabilisant et tourné vers la résolution des difficultés.

Les conditions de l’accueil

On ne laisse jamais impunément une population, et donc des élèves, s’enfoncer dans l’échec ou dans un sentiment d’exclusion. […] Au total, à quelles conditions la place faite à l’élève dans l’établissement scolaire sera-t-elle la plus satisfaisante possible ?

• La première de ces conditions est que l’établissement soit accueillant. Je veux dire par là que l’établissement doit attendre l’élève qui arrive et lui faire comprendre qu’il est attendu et qu’il a, comme ses parents, une place dans l’établissement. Sanctuaire ou pas, l’établissement n’est pas d’abord un mur sacralisé à franchir plus ou moins difficilement, c’est d’abord un accueil éducatif.

• L’établissement doit aussi être juste. Les élèves ont un sens aigu de l’injustice. Et, pour eux, l’injustice commence avec une note mal comprise, […] une sanction ou une exclusion incompréhensible, une punition collective.

• L’établissement doit enfin être respectueux. Soyons persuadés qu’un établissement scolaire dont tous les membres, adultes et élèves, sont réciproquement respectueux, c’est-à-dire attentifs aux autres, aux personnes et à leurs droits est un établissement plus à l’abri qu’un autre du désordre et de l’injustice. Un établissement respectueux est aussi un établissement ambitieux pour tous ses élèves : tous les élèves peuvent réussir et donc tous ont leur place dans l’établissement.

(Jean-Paul Delahaye, 2006)

 Il faut pour cela gérer le changement. Les outils existent au niveau managérial. La réalité de réunions régulières de concertation en est le préalable. À partir de là, les groupes qui se maintiennent en période de turbulence et d’adaptation sont ceux qui mettront l’approche-élève, l’approche-efficacité, au cœur de leur projet (pour l’articulation du changement, on pourra se reporter utilement au schéma “La révolution copernicienne des éducateurs”, Paviot et Pesse, 2006). Et ce n’est d’ailleurs là pas tant changer la culture de l’établissement, que simplement de se doter d’outils adaptés à nos élèves ! Face aux mutations actuelles, « période de redéfinition des repères et d’adaptation à des univers sociaux en perpétuel changement » (F. Lantheaume & C. Hélou, 2008), source de stress, beaucoup d’enseignants et d’éducateurs se sont réfugiés dans le recours à un style traditionnel (Flora Yassine, 2099), qui reste cependant une stratégie de survie dans un modèle qui s’épuise (Denis Meuret, 2008). Or l’institution doit offrir les conditions d’une autre stratégie d’ajustement, la “centration sur le problème” : analyse objective des difficultés, rationalisation des situations, recherche de solutions de résolution des conflits, contrôle des émotions, aspects positifs du métier, tout en encourageant positivement les élèves (ib.).

 Au chapitre de la gestion des ressources humaines, la recherche de l’efficacité n’est pas tant un problème de personnes — on relève souvent dans les institutions une sidérante propension à accuser “les autres” (cf. les travaux de C. et T. Rojzman, 2006) — que de forme pédagogique. La bienveillance et la démarche collaborative ne pourront être induites et réellement s’exprimer qu’au travers de dispositifs facilitateurs dévolus à cela. L’attitude individuelle trouvera rapidement ses limitations face à la forme. Ainsi observe-t-on dans des établissements scolaires ce type de gouvernance : un activisme organisationnel important pour des retombées somme toute limitées au niveau des élèves. Tout cela parce qu’on s’en tient à l’exercice d’un pouvoir sur eux (lequel est bien sûr animé des meilleures intentions du monde, sachant aussi que cet exercice sera certes positif pour certains), sans toutefois œuvrer à la recherche de leur adhésion.

 Or ces pratiques-là ne sont plus du tout en phase avec le monde actuel, la société telle qu’elle est devenue, ce qu’il en est des méthodes de travail aujourd’hui (un établissement scolaire qui se tourne vers l’efficacité emprunte certaines méthodes à l’entreprise). Qu’elles fonctionnent encore pour la part des « collégiens vertueux et des lycéens savants » qui se trouvent dans nos établissements,  et qu’elles “tiennent” pour quelques années encore, peut-être. Mais on sent bien qu’elles sont caduques pour la majorité des adolescents en difficulté qui peuvent se trouver dans un internat par exemple : le “pouvoir” que l’on a sur eux est-il le moyen nécessaire et suffisant pour les faire travailler ? Il semble que ce soit profondément les méconnaître.

 Nous parlons d’entreprise. Il faut se rappeler alors le “principe de Peter” : dans une structure hiérarchique (pyramidale), tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence. Et au bout du compte, la structure hiérarchique elle-même finit par se scléroser (Thierry Crouzet, 2009). Or il faut savoir que cette incompétence est d’autant plus vite atteinte qu’on n’est soumis à aucun contrôle et qu’on se trouve dans l’incapacité mentale de “se regarder dans le miroir”. La dialectique des incompétents étant ensuite de démontrer que “les autres” ne font pas leur travail ; ils se construisent ainsi une carapace de certitudes selon laquelle “si on les écoutait”, l’entreprise irait beaucoup mieux. Sauf qu’un maillon leur échappe : une entreprise ne réussit que par le travail en équipe (comme envisagé sur ce site), et là hélas, ou ils n’en ont pas la capacité, ou l’épreuve du miroir leur est par trop critique et ils s’ancrent encore davantage dans des schèmes solipsistes voire totalitaires. Pour reprendre un exemple rapporté par un lecteur de ce site, il ne faut pas se méprendre sur ce dont on parle. En effet, un CPE réduit à espionner ses éducateurs par des fenêtres dérobées afin de leur imputer des avertissements de travail signe là un passéisme singulier et surtout l’échec irréfragable de sa mission de gestion d’équipe : nous ne parlons plus la même langue. (Au passage, on peine aussi à croire que l’ambiance délétère ainsi entretenue puisse être saine pour les élèves…)

À ce même chapitre, l’autre grande difficulté corrélée est d’ordre contextuel : la prédominance des narcissismes dans le milieu enseignant et éducatif (l’analyse en avait alors été faite par l’Enseignement catholique dès… 1990 ! Cf. encart ci-contre). Les gens sont alors inaptes à penser un projet commun : les comportements narcissiques prennent en effet le pas sur les comportements professionnels. En plus, ces personnes ont hélas aujourd’hui dénuées de connaissances en management situationnel (et en management tout court d’ailleurs), car relevant encore semble-t-il du « magma individualiste de l’époque des congrégations » (Claudine Lalonguière, mai 1990), magma qui sert au passage leurs intérêts particuliers.

Refonder l'acte éducatif

« Un temps nouveau pour l'éducation et la pédagogie. Refonder l'acte éducatif.

Savoir analyser la société qui nous entoure sous l'angle des demandes éducatives, confronter cette analyse avec le projet éducatif et pastoral qui est le nôtre, trouver ensuite les bonnes structures, les bonnes pratiques pédagogiques et éducatives pour répondre à ces demandes. […] Imaginer une organisation de l'école centrée sur la réalisation du projet éducatif de l'établissement par la diversification des pédagogies et des apprentissages, dans les modalités d'organisation des horaires aussi bien que dans le regroupement des élèves. »

(Orientations Enseignement catholique, 2007)

« Être en phase avec le monde, rester informé et formé, enseigner aux élèves d’une nouvelle espèce… »

(ITICA, 2007)

OBJECTIFS

L’une des clés essentielles est l’implication des élèves d’une part dans leurs propres apprentissages (par les approches présentées sur ce site) et d’autre part dans la vie de l’établissement — ce ne sont pas les consignes pédagogiques qui manquent à cet égard dans les circulaires de rentrée. Ne déplorons pas ensuite l’apathie des élèves, et celle des adultes. 

De nombreux enseignants ne doivent plus restés rivés sur la seule acquisition des connaissances, mais appréhender l’évolution certaine de leur métier dans les années qui viennent. Ainsi dans le projet décrit ici, nous nous attachons à munir les élèves d’outils comportementaux qui favoriseront leur réussite face aux savoirs, soit augmenter leur potentiel à gérer leur scolarité, et les aider à construire et utiliser un « réseau de ressources » (Gabriel, 2008), réseau dont la version la plus explicite est représentée par le concept “P.A.D.” (Pair, Adulte, Document papier ou numérique - Paviot, 2004).

Un élève de Terminale le souligne (2008) : « Mon établissement ne veut que du travail et ne s’intéresse pas à l’épanouissement de l’élève. Donc à sa réussite. On n’avance pas ensemble, on n’apprend pas à surmonter les obstacles ensemble. Même les adultes ne travaillent pas ensemble et cela se ressent au niveau des élèves, il n’y a pas de travail d’équipe. Ce constat est flagrant : nous avons je ne sais combien d’années de retard. » Ce que synthétise Edgar Morin (2000), pour qui le changement est de « remplacer une pensée qui sépare et qui réduit par une pensée qui distingue et qui relie. » La réflexion de cet élève est importante, Jean-Pierre Obin en fait récemment (juin 2008) l’un des trois principes éducatifs à recommander aux EPLE : « le mélange des âges, loin d’être un obstacle à l’émancipation des enfants et des jeunes, comme certaines théories ont pu le soutenir, en constitue à l’inverse un élément essentiel. […] la société contemporaine offre de moins en moins d’occasions aux enfants, et surtout aux adolescents, de côtoyer et de vivre avec des personnes d’un âge différent. Les établissements scolaires doivent donc se préoccuper de développer les situations où jeunes et adultes ont l’occasion de travailler, produire, ensemble. » Rappelons que c’est aussi un des grands principes défendus par Jacques Lévine (novembre 2003).

Entre les générations…

« Aujourd’hui, parents et acteurs de l’Ecole interrogent la difficulté en apparence croissante entre les générations. […] Face à une lecture catastrophiste qui ne voit dans l’évolution récente qu’une descente aux enfers, nous restons attentifs à ce que vivent les jeunes en profondeur. N’est-il pas temps d’accueillir ce qui est, de dépasser l’indignation et de construire de nouvelles stratégies pour accompagner les jeunes dans la construction de leur personnalité et l’éveil de leur responsabilité ?

Après la Libération, […] le modèle éducatif dominant reste celui de “ l’héritier ”. Ce modèle de “ l’héritage ” bute sur les difficultés à intégrer les changements nécessaires. Dans son incapacité à se renouveler, la logique de la tradition devient une logique de répétition. L’éducation ne saurait se réduire à la reproduction du même. […] L’époque de la contestation a (ensuite) correspondu à une remise en cause radicale des repères traditionnels. Les années 80 ouvrent le règne de “ l’individualisme ”. Peut-on préparer les jeunes à un monde improbable et imprévisible ? La crainte de l’avenir prend aussi chez les adultes le rejet de “ la planète jeune ”.

L’école n’est-elle pas le lieu d’un accompagnement éducatif à travers lequel parents, professionnels de l’éducation, tissu associatif, collectivités sauront trouver des réponses adaptées à la faiblesse actuelle du lien social, à la complexité de l’interculturalité, aux violences générées par l’exaspération ? N’est-elle pas un lieu où la rupture inter-générationnelle peut se réduire par la mise en œuvre de projets qui réuniraient des adultes responsables, engagés et convaincus ? »

(Yves ROLLIN, Éducation & Devenir, 2007)

En conclusion et pour généraliser, écoutons Denis Meuret (2007) : « Côté France, la question est : pourquoi  avons-nous tant de peine, devons nous employer tant de précautions, nous faire si humbles et si techniques, surmonter tant d’oppositions des meilleurs esprits, quand nous tentons d’inventer notre version d’une éducation moderne ?… » L’obstacle rencontré dans la résistance au changement est celui d’une pensée certes rationnelle mais éloignée de la réalité du monde et des élèves actuels — a minima de la population évoquée ici. Ne nous méprenons pas : l’enjeu est bien de créer une “valeur ajoutée”. Et pour cela de s’appuyer sur un certain nombre de “valeurs”. Or quelles sont celles que le regard sur le monde incite à promouvoir ? Sans aucun doute du côté de la recherche de l’efficacité, de l’élaboration d’une autorité de compétence, de la collaboration, de l’attention à la personne et du partage (Congrès F.C.P.E., juin 2008).

WORK IN PROGRESS…

REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUES


L’école catholique doit oser prendre des risques, Mgr Jean-Paul Jaeger au Colloque des réseaux congréganistes, Issy-les-Moulineaux, mai 1993

Rites initiatiques et rituels de passage ou de purification, dans l’école, l’éducation physique et le sport, Jacques Gleyse et Muriel Valette, Corps & Culture n° 4, université de Montpellier, 1999

Conduire une équipe-projet, Henri-Pierre Maders, Éditions d’Organisation, 2000

Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Edgar Morin, UNESCO, Seuil, 2000

La Charte et Points d’attention dans la vie des établissements, La tradition éducative oratorienne, documents de référence, 19 novembre 2000

L’école en mutation, dossier revue Sciences Humaines n° 111, décembre 2000

J’avais honte d’être prof, ou “un grand bol d’air à l’Éducation nationale”, Paul Dandelot, Éditions Fabert, 2001

Apprendre, instruire, ou la déplorable éviction du plaisir, in Le vent du plaisir, Hervé Hamon, Seuil, 2001

Coacher, Olivier Devillard, Dunod, 2001

L’éducation, un objet de recherches, dossier revue Sciences Humaines n° 142, octobre 2003

Les forces du changement, Serge Pouts-Lajus, in Café Pédagogique du 28 avril 2004

Prof, un métier en révolution, plus de présence, plus de missions, dossier du Monde de l’Éducation, numéro 329, octobre 2004

L’école en débat : quelles politiques pour l’éducation ?, dossier revue Sciences Humaines n° 153, octobre 2004

Non à la réac’Academy, L’école du passé n’a pas d’avenir, dossier du Monde de l’Éducation, numéro 330, novembre 2004

L’élève humilié. L’école, un espace de non-droit ?, Pierre Merle, PUF, 2005

Comment penser l’école de demain, des auteurs classiques face aux penseurs d’aujourd’hui, numéro spécial du Monde de l’Éducation, n° 338, été 2005

Prendre des fonction de direction dans un collège ou un lycée, Colette Woycikowska, Hachette, 2005

C’est pas moi, c’est lui - Ne plus être victime des autres, Charles et Théo Rojzman, JC Lattès, 2006

Penser les savoirs du XXIe siècle, Pour une école humaniste, Le Monde de l’Éducation, n° 349, juillet-août 2006

Le soutien scolaire - Entre éducation populaire et industrie de service, I.N.R.P., Lettre d’information de la VST n° 23, décembre 2006

Les facteurs humains dans l’enseignement et la formation, Jacques Nimier, www.PedagoPsy.eu

L’éducation en Finlande, les secrets d’une réussite : « Chaque élève est important », Paul Robert (Principal de collège), doc. PDF, 2006

Ressources humaines pour la première fois, Serge Pänczuk, Éditions d’Organisation, 2006

Quel avenir pour l’école ? Entre passéisme nostalgique et utopie moderniste, Entretiens Nathan, maison de l’UNESCO, Paris, 14 octobre 2006

Qu’est-ce qui fait changer l’école ?, Cahiers Pédagogiques, dossier du n° 449, janvier 2007

Leadership et changements éducatifs, I.N.R.P., Lettre d’information VST, n° 24, janvier 2007

Transformation du travail enseignant : finalités, compétences et identités professionnelles, I.N.R.P., Lettre d’information VST, n° 26, avril 2007

Améliorer la direction des établissements scolaires, Rapport OCDE, Jean-Pierre Obin, mai 2007

Les orientations de l’Enseignement catholique. La démarche des Assises dans l’Enseignement catholique de 1993 à 2006, Brigitte Allouche, doc. PDF, site des Collèges et Lycées de l’Enseignement Catholique, mai 2007

L’important c’est dans la classe, quelle approche du soutien scolaire, in La réforme, cent fois oui, mais…, dossier mensuel n° 84 du Café Pédagogique, juin 2007

Une autre école : les penseurs, les acteurs, les passeurs, numéro spécial du Monde de l’Éducation, été 2007

Que vaut l’école en France ?, dossier revue Sciences Humaines n° 186, octobre 2007

Soutien scolaire : gratuit ou payant - L’école peut-elle rivaliser avec les cours privés ?, dossier du Monde de l’Éducation n° 362, octobre 2007

Pourquoi l’école française est-elle en panne depuis dix ans ?, in dossier Que vaut l’école en France, revue Sciences Humaines n° 186, octobre 2007

Sur l’hégémonie du cognitivisme, Cinq questions à Philippe Meirieu, par Jacques-Alain Miller, doc PDF, site de P. Meirieu, 2007

La politique éducative de l’établissement, Jean-Pierre Obin, ESEN, 2007

Colloque “ École 2.0 ”, Groupe Compas, http://www.diffusion.ens.fr/, ENS, 4 juillet 2007

Gouverner l’école, une comparaison France/États-Unis, Denis Meuret, PUF Éducation & société, 2007.

Vers l’Éducation 2.0, “non-conférence” (educationdeuxpointzero.wikispaces.com), Québec, 15 septembre 2007

Management et Pilotage du Changement, Isabelle Pouzet, interview de France Graphique (graphiline.com), novembre 2007

Cinq défis pour l’école, Réflexions et propositions en faveur du système éducatif, Xavier Sorbe (IGEN), L’Harmattan, mars 2008

Le métier d’enseignant, dossier mensuel n° 91 du Café Pédagogique, mars 2008

La Finlande : un modèle éducatif pour la France ?, Paul Robert, ESF Éditeur, mars 2008

Rencontres nationales sur l’Accompagnement : “L’aide, comment faire pour qu’ils s’en passent” - Dans comme hors l’école… Quels effets réels du soutien, de l’accompagnement ? Comment améliorer notre action ?, à l’initiative du GFEN en partenariat avec : SNUipp, OZP, Café Pédagogique, Mairie de St Denis, Saint-Denis, 5 et 6 avril 2008

L’enseignement doit être avant tout relationnel, Gérard de Vecchi, article du Café Pédagogique du 15 avril 2008

L’éducation peut-elle encore être au cœur d’un projet de société ?, Philippe Meirieu et Pierre Frackowiak, Éditions de l’Aube, mai 2008

Faites-vous partie des créateurs de nouveaux mondes ?, dossier internet de la revue Nouvelles Clés (www.nouvellescles.com), juillet 2008

Comment internet change nos organisations, conférence de Serge Soudoplatoff, CEDAP (disponible sur internet), juillet 2008

Comment aider plus et mieux les enseignants à aider plus et mieux les élèves ?, Thierry Troncin, Café Pédagogique, 23 octobre 2008

Conditions de l’éducation, Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet & Dominique Ottavi, Stock, octobre 2008

Le stress des enseignants, dossier Sciences Humaines n° 202, mars 2009

2e Rencontres nationales sur l’Accompagnement : l’aide personnalisée en question, GFEN, OPZ, Café Pédagogique, SNUipp, IUT de Saint-Denis, 4 et 5 avril 2009

Une révolution pédagogique est en marche…, chronique de Bruno Rigolt, site du journal Le Monde, 19 mai 2009

Des lycées, des rapports… et alors ?, Catherine Leduc-Claire, site du SNCEEL, juin 2009

Observation et évaluation de l’ensemble des dispositifs d’aide individualisée et d’accompagnement à l’école, au collège et au lycée, Rapport n° 2010-114 de l’Inspection générale de l’éducation nationale , remis à monsieur le ministre, octobre 2010

Donner toute sa chance à l’école - Dix transformations possibles, Lettre du collectif École changer de cap (www.ecolechangerdecap.net), 13 décembre 2010

Téléchargements

Le fil rouge de l’échec scolaire (visuel Flash)